La "valise diplomatique" du Monde Diplomatique
La valise diplomatique Licenciement politique à RFI
jeudi 4 septembre 2008
On trouvera l'article complet et non coupé de Marc Endewel à l'adresse suivante du Monde Diplo : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-09-04-RFI, et le site du Monde Diplo : http://www.monde-diplomatique.fr/
Extrait : "[le] journalisme d’aujourd’hui [...] : le nivellement par le bas, la suppression de l’expertise. "
Article (coupé):
L’affaire commence à faire grand bruit sur l’Internet (car du côté des médias écrits ou audiovisuels, bien peu en ont parlé) : le 12 août dernier, Richard Labévière, rédacteur en chef à Radio France Internationale (RFI) depuis huit ans, spécialiste du Proche-Orient et producteur de l’émission « Géopolitique », a été licencié pour « faute grave », après avoir réussi le 8 juillet à interviewer à Damas le président syrien Bachar al-Assad avant sa participation au Sommet de l’Union pour la Méditerranée qui s’est tenu à Paris le 13 juillet.
Lors d’une conférence de presse qui s’est déroulée le 26 août à Beyrouth, au siège du Syndicat de la presse, le journaliste français expose les raisons de son éviction : « Un journaliste qui reconnaît aux Arabes, quels qu’ils soient et quelles que soient leur sensibilité politique, les mêmes droits qu’aux Israéliens et qu’aux Occidentaux n’a plus droit de cité en France, et certainement pas celui d’interviewer un responsable politique arabe quel qu’il soit. » Ajoutant : « Derrière la vitrine d’une presse libre, on assiste en fait (…) à la mise au pas de l’Audiovisuel extérieur de la France, RFI et TV5 Monde – à France 24, le travail est déjà fait – par le publicitaire Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent-Kouchner, femme du ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner, qui s’inscrivent dans cette volonté d’imposer une lecture et une pensée unique résolument néoconservatrice et pro-israélienne. »
Du côté de la direction de RFI, les motifs invoqués pour le licenciement sont particulièrement flous : selon elle, le journaliste n’aurait pas tenu au courant suffisamment à l’avance sa hiérarchie de « l’obtention de l’interview », et il aurait procédé par « mensonge » et « déloyauté », concernant l’exclusivité de sa diffusion : « Cette décision est motivée par le fait que vous avez fait bénéficier d’autres entreprises de la primeur d’une interview à notre détriment, explique ainsi la lettre de licenciement datée du 11 août, et que vous nous avez délibérément, de façon réitérée, menti sur le calendrier, les conditions d’obtention et le caractère exclusif de cette interview. »
Autant dire que la direction de RFI reproche à Richard Labévière le fait que TV5-Monde ait finalement décidé de diffuser l’interview le 9 juillet 2008, soit deux jours avant RFI… « Alors même que la direction était au courant d’un problème d’exclusivité autour de l’interview dès le 4 juillet. Lors de l’entretien préalable de licenciement du 23 juillet, la direction l’a même reconnu, dénonce Raphaël Reynes, journaliste à RFI et délégué CFDT. Pourquoi alors a-t-elle laissé Richard Labévière partir ? La direction de RFI n’a pas assumé ses responsabilités. Le dossier est totalement vide ».
Un dossier « très mal ficelé »
« Pour caractériser une faute grave, ils ont été obligés de ratisser large, estime de son côté un journaliste de RFI. C’est un dossier très mal ficelé par la direction. » D’autant plus que le 5 août, à la veille de la tenue du conseil de discipline, deux syndicalistes découvrent dans le dossier disciplinaire un projet de lettre de licenciement postdaté du 11 août ! On peut y lire que « celui-ci (le conseil de discipline ndlr) s’est réuni le 6 août dernier. Au cours de cette réunion, vous avez pu, assisté de votre conseil, présenter vos moyens de défense. Le conseil de discipline ayant pu rendre son avis, je vous informe que je suis amené à prononcer votre licenciement pour faute grave ». Cette lettre, non signée, était au nom de M. de Pouzilhac. Et devant cette découverte pour le moins surprenante, le conseil refuse alors de donner son avis sur le fond…
Aujourd’hui, la direction a du mal à cacher son embarras et préfère ne pas communiquer. [...]
De son côté, Martine Paris, la directrice des ressources humaines de RFI, peine à donner des explications quant à la présence de ce projet de lettre dans le dossier disciplinaire : « Il a alors été expliqué par le responsable droit social de RFI qu’il ne s’agissait que d’un document de travail, établi par lui-même, sans qu’on le lui ait demandé parce qu’il partait en congé le jour de la réunion du conseil de discipline et qu’il avait élaboré ce projet pensant qu’il aiderait la Direction Générale à disposer des éléments nécessaires à la notification du licenciement dans l’hypothèse ou telle serait sa décision », précise-t-elle dans la lettre de licenciement.
Quoi qu’il en soit, depuis son arrivée en 2000 à RFI, Richard Labévière s’est retrouvé en quelques années très isolé au sein de la radio. [...] Le journaliste, qui a multiplié les ouvrages d’enquêtes ces dernières années, s’est fait beaucoup d’ennemis à l’extérieur de la radio. L’année suivante, il a même reçu des menaces de mort, chez lui et à son bureau, « sans que la direction ne le soutienne vraiment alors », nous explique-t-il.
« Une ligne éditoriale a minima »
Devant les critiques qu’il a exprimées à Beyrouth sur le traitement du conflit israélo-palestinien, les avis sont partagés parmi les nombreux journalistes de RFI contactés : « Il est totalement faux que RFI soit globalement une radio anti-arabe et pro-israélienne, on a des reproches des deux côtés », s’étonne ainsi une journaliste. Quand un autre constate : « La voix de la France est en train de s’effacer sur les questions les plus sensibles. Labévière incarnait l’empêcheur de tourner en rond. Pourtant, il se contentait de défendre les résolutions des Nations unies, mais le fait de les rappeler est aujourd’hui devenu un délit. »
Peut-être le journalisme d’aujourd’hui y est-il pour quelque chose : « Ce qui est intéressant, c’est ce que révèle ce licenciement : le nivellement par le bas, la suppression de l’expertise. A la place, on fait des débats, alors que sur plein de sujets, il est idiot de séparer les choses entre le noir et le blanc, explique un journaliste. Et comme depuis quelques années les directeurs de la rédaction n’ont pas de compétence internationale, car ils viennent du journalisme politique, nous nous retrouvons avec une ligne éditoriale a minima, on fait du suivisme. »
A l’heure du rapprochement entre France 24, TV5-Monde et RFI, dans le cadre de la holding Audiovisuel Extérieur de la France (AEF) dirigée par Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent, il est surprenant que la fabrication de l’information proposée par le modèle France 24 ne provoque pas plus de débats. [...] « Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent veulent montrer qui sont aujourd’hui les vrais patrons. » A la lumière des derniers événements, la stratégie employée pourrait se révéler contre-productive…"
Commentaires
ROUX le 09/09/2008 à 22:15:57
J'aime beaucoup cette phrase (coupée, d'accord) :
"journalisme d’aujourd’hui [...] : le nivellement par le bas, la suppression de l’expertise. " le NIVELLEMENT PAR LE BAS.... La profession de journaliste devrait se poser des questions. Il n'y a plus besoin de censure lorsque des journalistes chevronnés sont placés en tant que subalternes "d'animateurs". Je pense à Radio UMP, Europe 1, que je suis depuis des années, mais aussi à beaucoup d'autres, où l'on voit (j'oublie le caractère partisan de ses directions successives) des journalistes de professions, des intellectuels parfois, placés derrière de vulgaires animateurs, à qui on impose le silence lorsque nous entrons dans le fond des sujets. Lorsque nous voyons les supposées grandes chaînes d'informations placer à la tête de leurs journaux des personnes qui sortent d'écoles de communication, d'écoles de commerce... et que l'on voit de vrais journalistes être réduits au niveau de vagues consultants à qui l'on passe par charité l'antenne durant un bref temps de parole. Sans même parler de censure, sont-ils encore capables d'objectivité (qui n'a guère lieu d'être sur ce site, car ce n'est pas notre but, et personne n'est ici journaliste). Lorsque je vois de supposés journalistes, face à la privatisation de la poste se poser la question : "s'agit-il d'une privatisation rampante"... alors que nous avons les exemples des autoroutes, d'EDF-GDG... je ne leur demande pas d'être pour ou contre les privatisations.. mais je leur demande simplement d'arrêter de se poser les questions seulement à l'antenne... OUI! C'est une privatisation... elle ne rampe pas, elle fait un sprint! Avons nous en France, encore, quelques journalistes, ou seulement des poupées parlantes brassant du concensus tout en prétendant soulever des scandales... Une fois de plus, l'affaire de la Traitrise de Lisbonne est exemplaire.... ils savent tous que c'est un mépris total de la démocratie, mais il faut un J.F.Khan, pourtant pro européen, pour dire qu'il y a un problème de démocratie ! Faut-il que les nonnites soient défendus par un ouiouiste forcené ? Nous ne sommes mêmes plus dans la censure, nous sommes ou dans l'autoflagélation, ou dans le mensonge, ou dans l'incompétence totale!
Je ne sais pas s'il y a censure (enfin, si, je sais), mais par contre, je sais que je cherche le "journaliste", ce fameux "4e pouvoir". Le pire n'est pas le journaliste censuré, mais le journaliste qui s'écrase de lui-même. Un ami journaliste espagnol lui même est assez effaré par cette situation en France... Nous sommes dans le nivellement ! par le bas!
A la rigueur je préfère, aux carpes muettes & sans cervelles qui peuplent les rédactions, une éditorialiste revancharde, réactionnaire, mais qui s'assume ainsi(pour ne pas la nommer, sur Europe 1) et qui a au moins le courage de ses opinions réactionnaires... les carpes, les Poujades, toutes ces farces sans épice, me font peur.... plus encore que la censure! le silence est terrifiant... la non idée! Le consensus mou, stérile, avilissant.
Salut & Fraternité... J. Rx.
Sonthonax le 07/09/2008 à 15:14:52
La liberté de la presse est bafouée purement et simplement. Cette histoire reflète non seulement un alignement inconditionnel de la France vers la vision américaine et israélienne sur le Proche-Orient mais aussi un renoncement ouvert à ses valeurs de pluralisme. En 1982, un journaliste d'Antenne 2 (futur France 2) a été licencié en raison d'une question concernant l'assassinat de Béchir Gemayel. Soyons sur nos gardes !
Instit le 07/09/2008 à 07:10:28
Quatre questions :
1- Quand les patriotes arriveront au pouvoir, que devront-ils faire de Christine Ockrent et d'Alain de Pouzilhac (patrons de AEF, Audiovisuel Extérieur de la France) ?
2- Que devront-ils faire de Patrick de Carolis (patron de France-Télévision) ?
3- Que devront-ils faire de Nicolas de Tavernost (patron de M6) ?
4- Bref, que devront-ils faire de tous ceux qui ont décérébré des millions de Français ?
Commentaires
ROUX le 09/09/2008 à 22:15:57J'aime beaucoup cette phrase (coupée, d'accord) :
"journalisme d’aujourd’hui [...] : le nivellement par le bas, la suppression de l’expertise. " le NIVELLEMENT PAR LE BAS.... La profession de journaliste devrait se poser des questions. Il n'y a plus besoin de censure lorsque des journalistes chevronnés sont placés en tant que subalternes "d'animateurs". Je pense à Radio UMP, Europe 1, que je suis depuis des années, mais aussi à beaucoup d'autres, où l'on voit (j'oublie le caractère partisan de ses directions successives) des journalistes de professions, des intellectuels parfois, placés derrière de vulgaires animateurs, à qui on impose le silence lorsque nous entrons dans le fond des sujets. Lorsque nous voyons les supposées grandes chaînes d'informations placer à la tête de leurs journaux des personnes qui sortent d'écoles de communication, d'écoles de commerce... et que l'on voit de vrais journalistes être réduits au niveau de vagues consultants à qui l'on passe par charité l'antenne durant un bref temps de parole. Sans même parler de censure, sont-ils encore capables d'objectivité (qui n'a guère lieu d'être sur ce site, car ce n'est pas notre but, et personne n'est ici journaliste). Lorsque je vois de supposés journalistes, face à la privatisation de la poste se poser la question : "s'agit-il d'une privatisation rampante"... alors que nous avons les exemples des autoroutes, d'EDF-GDG... je ne leur demande pas d'être pour ou contre les privatisations.. mais je leur demande simplement d'arrêter de se poser les questions seulement à l'antenne... OUI! C'est une privatisation... elle ne rampe pas, elle fait un sprint! Avons nous en France, encore, quelques journalistes, ou seulement des poupées parlantes brassant du concensus tout en prétendant soulever des scandales... Une fois de plus, l'affaire de la Traitrise de Lisbonne est exemplaire.... ils savent tous que c'est un mépris total de la démocratie, mais il faut un J.F.Khan, pourtant pro européen, pour dire qu'il y a un problème de démocratie ! Faut-il que les nonnites soient défendus par un ouiouiste forcené ? Nous ne sommes mêmes plus dans la censure, nous sommes ou dans l'autoflagélation, ou dans le mensonge, ou dans l'incompétence totale!
Je ne sais pas s'il y a censure (enfin, si, je sais), mais par contre, je sais que je cherche le "journaliste", ce fameux "4e pouvoir". Le pire n'est pas le journaliste censuré, mais le journaliste qui s'écrase de lui-même. Un ami journaliste espagnol lui même est assez effaré par cette situation en France... Nous sommes dans le nivellement ! par le bas!
A la rigueur je préfère, aux carpes muettes & sans cervelles qui peuplent les rédactions, une éditorialiste revancharde, réactionnaire, mais qui s'assume ainsi(pour ne pas la nommer, sur Europe 1) et qui a au moins le courage de ses opinions réactionnaires... les carpes, les Poujades, toutes ces farces sans épice, me font peur.... plus encore que la censure! le silence est terrifiant... la non idée! Le consensus mou, stérile, avilissant.
Salut & Fraternité... J. Rx.
Sonthonax le 07/09/2008 à 15:14:52
La liberté de la presse est bafouée purement et simplement. Cette histoire reflète non seulement un alignement inconditionnel de la France vers la vision américaine et israélienne sur le Proche-Orient mais aussi un renoncement ouvert à ses valeurs de pluralisme. En 1982, un journaliste d'Antenne 2 (futur France 2) a été licencié en raison d'une question concernant l'assassinat de Béchir Gemayel. Soyons sur nos gardes !
Instit le 07/09/2008 à 07:10:28
Quatre questions :
1- Quand les patriotes arriveront au pouvoir, que devront-ils faire de Christine Ockrent et d'Alain de Pouzilhac (patrons de AEF, Audiovisuel Extérieur de la France) ?
2- Que devront-ils faire de Patrick de Carolis (patron de France-Télévision) ?
3- Que devront-ils faire de Nicolas de Tavernost (patron de M6) ?
4- Bref, que devront-ils faire de tous ceux qui ont décérébré des millions de Français ?